Quand les outils ne suffisent pas :
Gianna Métellus, orthophoniste
Étudiante du cégep en train d’étudier.
« Je ne comprends pas. Il s’est quand même débrouillé au secondaire.
Pourquoi ça bloque maintenant ? »
À propos de l’autrice
Je suis orthophoniste depuis plus de 12 ans et j’ai eu la chance de travailler avec diverses clientèles dans plusieurs milieux. Une constante : mon désir de voir mes clients progresser rapidement et efficacement. Mon constat : des parents bien outillés ont un impact significatif sur la communication et le langage de leur enfant.
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« Je ne comprends pas. Mon jeune est rendu au cégep. Il s’est débrouillé au secondaire. Au cégep, il a ses outils, mais ça ne va pas. Ce n’est pas assez. À cause de ça, je ne sais pas s’il va réussir ses cours.»
Même avec des outils technologiques et des accommodements, plusieurs jeunes rencontrent quand même un mur au cégep ou à l’université.
Les outils et les adaptations sont importants, mais ce n’est pas le seul élément qui influence la réussite scolaire lorsqu’un jeune a un trouble d’apprentissage, un trouble développemental du langage, ou un autre diagnostic, comme le TDAH ou l’autisme.
Il existe un autre facteur dont on parle beaucoup trop peu.
Le self-advocacy (la capacité de défendre ses propres besoins)
Le self-advocacy n’a pas d’équivalent simple en français.
J’utiliserai donc le terme anglophone en italique, parce qu’il exprime cette idée d’être capable d’expliquer ses besoins, nommer ses difficultés, demander de l’aide et de défendre ses propres intérêts.
Et lorsqu’il y a un trouble du langage ou un trouble d’apprentissage, le self-advocacy devient encore plus important, mais aussi plus difficile.
Pourquoi en parler ?
Parce que ces difficultés langagières et d’apprentissage sont souvent invisibles.
Elles peuvent limiter la participation pleine et entière à la vie scolaire et professionnelle.
Elles peuvent compliquer l’obtention d’un diplôme, l’accès à un emploi ou la capacité de garder cet emploi.
Quand l’enfant est jeune, ce sont les parents (souvent la maman) qui défendent ses intérêts.
Mais plus le jeune vieillit, plus cette responsabilité lui revient.
Ce que le self-advocacy implique concrètement
Dans le contexte d’un trouble d’apprentissage ou d’un trouble du langage, la self-advocacy signifie être capable de:
Même pour un adulte, défendre ses intérêts peut être difficile.
Imaginez maintenant un jeune (même adulte !) dont le cerveau est encore en pleine maturation.
Puis imaginez ce même jeune avec des difficultés à s’exprimer à l’oral ou à l’écrit.
Ces défis peuvent l’empêcher de demander de l’aide lorsque nécessaire, en classe par exemple, et ainsi l’empêcher d’obtenir les mesures dont il a besoin en raison de ses difficultés.
Vous voyez maintenant le cercle vicieux ?
Souvent, les intervenants scolaires ne réalisent pas à quel point ça peut être complexe pour ce jeune d’exprimer ses besoins.
« Débrouille-toi » ne suffit pas.
Un des grands défis est également de reconnaître quand on a besoin d’aide et de savoir comment le dire clairement.
Pour savoir comment organiser sa pensée, structurer ses besoins, savoir à qui parler et comment formuler sa demande, beaucoup de jeunes ont besoin d’accompagnement.
C’est une réalité importante à avoir en tête comme parent ou comme intervenant.
Comment soutenir son jeune (du préscolaire jusqu’au cégep)
Le rôle de l’évaluation en orthophonie dans tout ça
Dans mes évaluations en orthophonie, incluant celles destinées aux jeunes du secondaire, du cégep ou de l’université, j’aborde la question de la self-advocacy lorsque c’est pertinent.
Comprendre ses forces, ses défis, et nommer clairement ses besoins peut faire partie des recommandations que je propose.
Et pour certains jeunes, un accompagnement supplémentaire peut être offert spécifiquement sur ce sujet.
Au préscolaire et au primaire, ce rôle revient surtout au parent. Mais on peut déjà impliquer le jeune en parlant avec lui avec des mots simples et adaptés.
Par exemple :
« Moi, c’est plus facile d’apprendre quand on m’explique avec d’autres mots. J’ai aussi besoin qu’on me répète souvent la même information. Papa lui, a besoin qu’on lui montre une image, du visuel. Et toi ? Oui, c’est vrai, ça t’aide quand on te lit la question et quand on t’explique avec des images aussi. »
Au secondaire et au cégep, le jeune doit progressivement prendre la relève:
Comprendre ses besoins.
Savoir à qui demander de l’aide.
Savoir comment organiser un message, écrire un courriel, ou aborder un enseignant.
Il est possible de l’accompagner pour acquérir ces habiletés.
En conclusion
La réussite scolaire ne repose pas uniquement sur les outils technologiques ou les accommodements.
Elle repose aussi sur la capacité du jeune à comprendre ses besoins, à les nommer et à les défendre.
Et ça, ce n’est pas inné.
C’est quelque chose qui se développe, qui s’apprend et pour lequel on peut recevoir de l’accompagnement.
Sources
https://ncld.org/self-advocacy-education/
https://ldaamerica.org/lda_today/understanding-self-advocacy/
Découvrez comment se déroule une évaluation chez Gianna Métellus Orthophonie

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